Le Cartulaire blanc, présentation > problèmes de date et de fabrication

Le Cartulaire blanc de l’abbaye de Saint-Denis nous est parvenu dans son état original, en deux épais volumes, de grand format, de belle facture et d’excellente conservation (Paris, Archives nationales, LL 1157-1158). Sa réalisation, à tout le moins la phase finale de sa compilation, s’est étirée des années 1270 au début des années 1300, où sont consignées les dernières additions, si l’on excepte les ultimes et rarissimes ajouts des années 1320.

La compilation de la table initiale du Cartulaire (t. I, p. I-XXXIIII) en 1277-1278 – cette chronologie est fournie par les dates des actes les plus récents qui y sont mentionnés – est un jalon important dans l’histoire de la compilation, qui connaît ensuite un quart de siècle de mise à jour active, procédant au coup par coup et plus souvent par dossiers et par paquets, puis brutalement interrompue.

La chronologie fine des phases de rédaction, tenant compte des changements, en général assez discrets, de main et de présentation, des écarts entre le contenu et la table initiale, des incohérences de classement, ne pourra être établie qu’après une étude approfondie. Cartulaire blanc, tome 1 (LL1157), page 510, bas de la page : derrière une forte apparence d’homogénéité, l’analyse paléographique montre, dans le premier noyau, la succession de deux mains, qu’oppose nettement la forme du –s final, long ou rond. L’architecture complexe de certains chapitres montre que la fin des années 1240 a vu, potentiellement ou de fait, commencer des travaux de regroupement ou de reclassement, sinon de transcription, travail repris, complété, prolongé dans un second temps (voir par exemple l’introduction du chapitre Rueil). En bref, la compilation est moins homogène que ne semble le suggérer le premier regard.

Le manuscrit est soigné (LL 1157, p. 465), mais il y reste nombre de modestes témoins de sa mise au point matérielle : réclames en fin de cahier, indications marginales à l’attention du rubricateur, lui donnant des titres courants, des numéros d’actes ou le texte des regestes formant rubriques (LL 1157, p. 522 ; LL 1157, p. 467…).

D’un chapitre à l’autre, les marques de lecture sont très inégalement développées ; elles sont globalement plus nombreuses pour les XVIe et XVIIe siècles – période de fait où l’on porte la pagination encore en usage aujourd’hui. Le cas le plus intéressant est pourtant constitué par la table initiale, qui reçoit à la fin du XIIIe ou au début du XIVe siècle des annotations sur la répartition du matériau entre layettes (scrinia), faisant de cette table un outil de recherche archivistique, selon une tendance concordante dans les cartulaires de l’époque (voir ci-dessous).Cartulaire blanc, tome 1 (LL1157), page XII, haut de la page : voir l’image entière

Les transcriptions du Cartulaire blanc sont en général soignées ; que la collation avec les originaux fasse apparaître nettement plus de variantes pour les actes rédigés en ancien français tient davantage à l’état de la langue, et au caractère fortement normalisé du latin des XIIe-XIIIe siècles. À l’occasion, toutefois, un examen attentif révèle, ici des bourdes étonnantes (p. ex. le monogramme d’un roi dessiné pour celui d’un autre, pour l’acte Lendit 5), là un abrègement incompréhensible (p. ex. l’omission de la date pour l’acte Tremblay 1, un précepte de Louis le Pieux).

Suite : Principes de classement

© École nationale des chartes, 2010-2013   |  Mentions légales | Crédits